Comment exprimer l’horreur de la guerre ?
Je ne sais pas vous mais personnellement ce Verdun ne me fait pas grand-chose. Je ne le trouve pas très imposant, ou spectaculaire ou même informatif. Félix Vallotton semble partager cet avis : Que représenter dans tout cela ? […] Peut-être les théories encore embryonnaires du cubisme s’y pourront-elles appliquer avec fruit ? Dessiner ou peindre des « forces » serait bien plus profondément vrai qu’en reproduire les effets matériels, mais ces « forces » n’ont pas de forme, et de couleur encore moins. Quel est le rôle d’un artiste durant un conflit ? L’État Français avait manifestement décidé d’en faire des journalistes, ou peut être les représentants d’une ère. J’ai toujours imaginé qu’une guerre devait laisser les gens alertes mais paradoxalement hébétés et assommés, plongés dans une incompréhension totale faute d’informations ou de prise de conscience. D’ailleurs, on retrouve souvent dans les témoignages d’artistes de la Première mais aussi de la Seconde Guerre mondiale, cette incapacité à exprimer leur désarroi et à s’adapter à un quotidien nouveau. Vallotton évoque des « forces » qui vont au-delà de la représentation, des forces qui échappent à la compréhension. J’imagine que ces forces sont la mécanisation, la vitesse (comment représenter la vitesse ?) et la brutalité. La guerre apporte un champ de réflexion particulier qui requiert des nouveaux codes iconographiques.
J’aime beaucoup cette affiche de l’artiste russe Lazar Lissitzky ; elle ne représente rien. Au premier abord. Puis l’on se s’aperçoit que le triangle rouge est en train de forcer le passage dans l’harmonie du cercle blanc et que les mots semblent nous hurler dessus. En pleine guerre civile, Lissitsky montre avec force le conflit entre les communistes en rouge et les réactionnaires antisémites en blanc. Cette affiche de propagande (il faut bien le dire), est une interprétation de la guerre parmi bien d’autres : Guernica de Picasso bien sur, mais aussi Fernand Léger et son Soldat à la pipe, la plaine de Wijtschaete d’Otto Dix ou encore le paysage désertique de Paul Nash visible dans We are making a new world. Je réitère : face à la puissance des œuvres citées ci-dessus, le Verdun de Félix Vallotton ne fait pas le poids. Il a voulu exprimer la souffrance et la brutalité mais il n’était pas un peintre de guerre. Il était le nabi étranger, le graveur, le portraitiste, le peintre de paysage, le peintre postimpressionniste, le peintre de la modernité artistique…Et c’est déjà beaucoup. Vous retrouverez toutes (ou presque) les œuvres de Félix Vallotton dans l’excellent ouvrage de Nathalia Brodskaia, « Félix Vallotton : le Nabi étranger ». Il s’agit d’une Étude détaillée de la biographie, de l’œuvre, mais aussi de la carrière de l’artiste. Également paru récemment chez Parkstone International, « L’Art de la Guerre » de Sun Tzu & Victoria Charles vous expliquera bien mieux que moi les subtilités du genre.
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